Office National de Diffusion Artistique

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Carnet #10 - Martinique

Carnet de bord – Rencontres itinérantes Martinique - Matinik, par Lisa Patin - Directrice du Séchoir, Scène Conventionnée d’intérêt national - Arts en territoire (La Réunion)
Mars 2026

La 1ère image que nos concitoyen·ne·s de l’Hexagone peuvent avoir de la Martinique est sans doute une image idyllique de belles plages de sable blanc (ou noir), une image rêvée et exotique des Antilles et des Caraïbes.
Une petite quarantaine de professionnel·le·s du spectacle vivant ont vécu et créé ensemble une rencontre itinérante organisée par l’Onda en mars 2026, en partenariat avec la Direction des Affaires Culturelles (DAC) de Martinique.
Une semaine de découvertes humaines et artistiques, d’un contexte historique, géographique et politique fort d’un territoire ultramarin sensible et dynamique.
 
La Martinique est département français depuis 1946. Petit territoire par sa superficie (1 128 km²) et sa population (360 000 habitant·e·s), il déborde d’énergie, de couleurs et d’histoire.
Si on la définit depuis l’Hexagone comme région ultrapériphérique, la Martinique est bien ancrée dans sa zone géographique de l’arc caribéen et zone américaine. Ses liens forts d’échanges pluriels avec ses voisins insulaires et du continent américain nous ont permis de replacer notre regard dans un contexte de coopération régionale et internationale. De penser aussi les territoires ultramarins dans leur quotidien de vie !
 
Notre groupe était composé d’acteurs et actrices du spectacle vivant venu·e·s de France hexagonale et de territoires ultramarins : Guyane, Guadeloupe et La Réunion-Mayotte. Cette diversité de regards et de fonctionnements a ouvert de réels échanges entre les participant·e·s, au sens large, de ces rencontres.
 
Le lancement de notre voyage exploratoire a eu lieu avec l’association Tanbou Bô Kannal.
 
Une mise en contexte essentielle pour, déjà, sentir la place de la culture traditionnelle dans la vie du quotidien : plus qu’un chant et une danse (le bèlè), plus qu’un art martial (le danmyé), ces éléments sont un art de vivre de la société martiniquaise. Connaître son histoire et ses traditions, transmettre aux jeunes générations, poser des bases de vie en commun… au travers de la culture.

© DR
 

Carnet #10 - Martinique

Le cadre est présenté, pour nous permettre d’avoir un contexte et les bases de compréhension des codes et références que nous allons retrouver dans les présentations de projets et les discussions avec les équipes artistiques tout au long de ces riches rencontres.
 
    •    Le système esclavagiste commence en 1635, au détriment des Kalinagos alors vivants sur l’île, par la conquête des colons français. Malgré l’abolition de l’esclavage en 1848, grâce notamment au combat de Victor Schoelcher, la société inégalitaire mise en place peine à se réformer jusqu’au milieu du XXème siècle. La Martinique devient département en 1946 et cette modification de statut permet le début de profondes modifications sociales et politiques.

    •    Sans me risquer à définir le Bèlè qui nous a été présenté, expliqué voire proposé de pratiquer lors de notre étape à la Maison du Bèlè, quelques mots clés : un système complet de danse et chant, issu de l’esclavage. Un cadre spirituel. Relevant du voyage intérieur et des traditions ; chants et danses populaires, socle du patrimoine culturel martiniquais.

    •    Place du Carnaval : comme référence populaire et héritage sacré, espace de liberté, exutoire, où les légendes prennent vie dans l’espace public.
Les symboles liés aux différents masques (chaque journée du Carnaval a une thématique) offrent un terrain foisonnant à la création plastique autour du masque (Florence Baudin).

    •    Le Kréol Martiniquais : la place de la langue créole aujourd’hui, la nécessité de sa reconnaissance et valorisation comme porteuse d’une identité et d’une histoire, instrument au service de la quête identitaire et de l’émancipation. Sa transmission et sa diffusion restent un enjeu auprès des jeunes générations.
 

La question de la diffusion culturelle aujourd’hui dans un contexte de poids historique et d’insularité

Serge Domi, sociologue, nous rappelle le point de naissance de la culture sociétale martiniquaise aux alentours de 1948, au travers du développement du bèlè, qui engendre une nouvelle forme d’organisation de la vie et de la société.
Une renaissance : inventer pour exister ; une ouverture au monde et à la relation à autrui : du néant de l’esclavage à la synthèse plurielle de la création contemporaine.
Nous rencontrons aujourd’hui une question nécessaire pour les structures culturelles et les artistes : comment permettre la rencontre des différents types de création au monde, au-delà des partis pris de la mémoire ? Comment permettre un dépassement et un déplacement des regards ? Permettre cette transversalité nécessaire pour la rencontre avec autrui…

Ce que nous faisons pendant cette semaine de rencontres en Martinique : déplacer notre regard, le confronter à une autre réalité de création, d’influences, d’écriture, de langue, de stratégie de diffusion, de fonctionnement… Le tout dans un cadre que nous reconnaissons : département français, collectivité territoriale, Scène Nationale, Scène Conventionnée, Direction des Affaires Culturelles.

D’emblée nous prenons conscience que la créativité artistique plurielle de Martinique est marquée par le poids de l’histoire, sa situation géopolitique, la spiritualité et la nécessité du care, du soin de soi et de l’autre.
 
Manuel Césaire, directeur de Tropiques Atrium Scène Nationale, nous rappelle dès le premier échange la double peine à laquelle sont soumi·se·s les artistes et structures culturelles martiniquaises : une faible structuration de la filière culturelle sur le territoire et son insularité limitant son développement.
 
Une réalité que les différents territoires d’Outre-mer rappellent régulièrement… Pour pallier la difficulté de diffusion des artistes insulaires, les tournées mutualisées en métropole sont indispensables. Portées par plusieurs lieux, elles permettent d’atténuer les coûts relatifs aux déplacements des artistes (à diviser par structures de diffusion et financements accompagnateurs) et leur empreinte écologique, mais aussi d’optimiser leur visibilité et la vie de leurs créations.
 

 

Des structures culturelles en adéquation au territoire, des énergies de développement du lien culturel au travers de strates très diverses

Les valeurs communes ? Le multiculturel et le multilinguisme, les écritures et les arts vivants, les mémoires et les racines, la création et la transmission.

  • Tropiques Atrium Scène Nationale de Martinique : la Scène nationale a mis en place un dispositif d’accompagnement des artistes martiniquais·e·s, afin de favoriser le parcours professionnel et accompagner la structuration de la filière (soutien administratif, logistique, financier, accueil en résidence…). Les projets accompagnés sont pluridisciplinaires : musique, danse, théâtre, arts de la parole, arts visuels et performance. Nous avons également pu bénéficier de représentations dans le cadre du festival Ceiba, festival transversal dont l’édition 2026 est tournée vers les Caraïbes. Des représentations en salles ou dans un pitt de combat de coqs !
  • La Maison du Bélé à Sainte-Marie : centre de ressources dédié à la culture du bèlè (exposition, conférences, pratiques, EAC…). La Maison du Bèlè, au travers de la compagnie Obidjoul, se pose à cet endroit de croisement entre patrimoine et création contemporaine, et porte une réflexion forte que l’on
    retrouve partagée dans différents territoires ultramarins : la tradition du patrimoine, sa ré-interrogation pour l’habiter au travers d’une pratique, d’une écriture et d’une création contemporaine ;

  • La Commune de Saint-Esprit avec le Centre Culturel de Rencontre Les Coulisses (labellisation en 2025) proposant la découverte active (en déambulation !) des œuvres et projets des artistes de Martinique et des Caraïbes ;

  • La Maison Rouge – Maison des Arts : école de danse et résidences d’artistes dans une maison familiale du quartier des Terres Sainville de Fort-de-France, dédiée à la création chorégraphique et à la réflexion autour de ses pratiques. Portée par la chorégraphe Christiane Emmanuel, la Maison Rouge est un tiers-lieu social et culturel, qui développe un projet d’accès à la pratique artistique, d’inclusion et d’accueil ;

  • Terre d’arts / Écritures théâtrales contemporaines ETC Caraïbe – centre caribéen des dramaturgies : rencontres, lectures, découvertes, promotion, formation, aide à la mobilité… ETC Caraïbe est une agence d’auteur·e·s en soutien à la filière culturelle ;

  • Performance de Irina Khade Elwin, artiste circassienne venant de la Dominique portée par la Station Culturelle installée à La Coursive, à Fort-de-France.
     

Le Jeune Public

Un grand merci :

  • à tous les artistes qui ont accepté de nous présenter leur projet, de nous dédier du temps pour échanger sur leurs visions et leurs parcours ;
  • à toutes les structures qui nous ont ouvert leurs portes et nous ont accueilli·e·s avec tant de chaleur et d’énergie communicative ;
  • à chaque membre de l’équipe de l’Onda, engagées depuis de nombreuses semaines dans le montage et la réalisation de ces rencontres ;
  • aux partenaires de la rencontre (Tropiques Atrium Scène nationale, Centre Culturel de Rencontre du Saint-Esprit Les Coulisses et la Direction des Affaires Culturelles de Martinique).