Lundi 16 mars
Dès le premier jour, il est clair que ces rencontres agiront comme une sorte « d’université de l’écoute et de l’attention », qui permet de confronter nos pratiques professionnelles à d’autres contextes culturels, sociaux et historiques. La matinée est consacrée à la rencontre avec l’association Tanbou Bô Kannal, implantée dans un quartier où la pratique culturelle joue un rôle structurant. L’association existe depuis plus de cinquante ans et développe un travail continu autour de la transmission des traditions populaires martiniquaises, notamment la pratique du bèlè, qui associe chant, danse et percussion. Cette pratique, issue de l’histoire de l’esclavage, constitue aujourd’hui un élément important de la mémoire et de l’identité culturelle martiniquaise. Elle s’inscrit également dans le renouveau actuel des traditions carnavalesques, avec la réapparition de certaines figures emblématiques comme le diable rouge. Dans ce quartier, la culture apparaît comme un levier de cohésion sociale et d’organisation collective. Les responsables de l’association insistent sur la capacité des pratiques artistiques à réactiver un sentiment d’appartenance et à contribuer à la structuration de la vie locale.
Mise en perspective lors d’une rencontre avec Patricia Donatien, professeure à l’Université des Antilles, et le sociologue Serge Domi. Celui-ci souligne la nécessité de rouvrir la relation entre les peuples et leur histoire. Dans les sociétés caribéennes, marquées par la colonisation et l’esclavage, s’est constitué un gouffre originel qui, paradoxalement, a aussi permis l’émergence de nouvelles identités culturelles. Le bèlè en offre une illustration concrète : durant l’esclavage, les rassemblements dans les bois, autour du tambour, de la danse et du récit, constituaient des espaces de respiration et de reconstruction collective, de réappropriation des corps par la danse. Patricia Donatien élargit cette lecture à l’échelle caribéenne, où conditions naturelles extrêmes et arrachement des populations africaines ont produit des dynamiques singulières : créativité, résistances culturelles, spiritualités syncrétiques et expression d’un génie populaire transformant la violence en formes vivantes.
Performance de Irina Khade Elwin, artiste circassienne, en espace public et découverte de la Station Culturelle, installée à La Coursive, à Fort-de-France, qui met à l’honneur la jeune création contemporaine avec une programmation de trois à quatre expositions par an. Autour de ces expositions, des visites et des ateliers artistiques à destination de tous les publics sont organisés gratuitement.