Office National de Diffusion Artistique

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Carnet #9 - Mexico

Carnet de voyage de la rencontre artistique itinérante à Mexico par Nathalie Dumon, Secrétaire générale et conseillère à la programmation au Centre Dramatique National Orléans / Centre-Val de Loire.
Mars 2026

MEXICO ! Ravie et honorée de rejoindre cette aventure et de saisir cette incroyable opportunité de rencontrer la scène artistique mexicaine foisonnante et engagée. C’est la première chose qui marque – ce séjour nous permettra à la fois de découvrir les projets, de rencontrer des artistes, d’explorer une variété d’espaces de travail, de lieux, de salles de spectacles, d’entendre parler des créations en devenir et de bénéficier du regard aiguisé de chacun·e, d’écouter constats et points de vue, combats, propositions fortes, essentielles. Des artistes qui ont une voix, des œuvres qui s’ancrent dans une réalité où depuis les années 2000, la violence et les disparitions ont explosé.
 
C’est à la Résidence de France que nous sommes accueilli·e·s cette première matinée. 2026 est l’année du bicentenaire des relations diplomatiques entre la France et le Mexique, donnant lieu à de nombreuses manifestations culturelles à venir.

Toute la semaine, Geoliane Arab, conseillère International à l’Onda, et Lázaro Gabino Rodríguez, artiste mexicain directeur artistique de la compagnie Lagartijas Tiradas al Sol, sont nos précieux guides. L’histoire du Mexique, la fondation de Mexico, sur une région de lacs, entièrement rasée puis reconstruite par la colonisation espagnole. La situation politique et une réalité terrible ; depuis 2006 le panorama a radicalement changé, la violence a explosé, les disparitions ont décuplé. Tout le paradoxe de ce pays, de cette ville tentaculaire, saisissante de couleurs, de vivacité, de musées sublimes, de parcs, de quartiers authentiques et urbains, embouteillés, d’échangeurs en spirale infernaux. Métro et bus à double entrée, filles/garçons - sièges roses pour les filles, noirs pour les garçons à l’arrière, un geste pour lutter contre les agressions. Onze féminicides par jour ! D’un quartier à l’autre, du centre historique et monuments officiels ; à Chapultepec, architectures contemporaines, musées, parcs et jacarandas en fleurs ; arena et théâtres à Roma ; Coyoacán, « place des coyotes », village précolombien aux maisons basses, marchés, musique ; ou sur le site de l’université et son architecture brutaliste sur un site préservé de pierre de lave et de cactus…
 

© Nathalie Dumon

Carnet #9 - Mexico

Maria Minera, autrice, journaliste, historienne de l’art, nous livrera son analyse acérée et sans artifice d’une certaine réalité mexicaine, cruelle, violente, les cartels et leurs ramifications, la complicité des états, les États-Unis, l’Europe, le monde, « Las madres buscadoras » (les mères chercheuses). La rencontre avec quelques étudiantes de l’université, des voisines de bus, des jeunes gens croisés dans les bars, laisse entendre une vitalité, une urgence ; un tableau à la fois désespéré, mais combattif, une jeunesse et un panel d’artistes conscient·e·s, engagé·e·s, une jeunesse en mouvement. C’est toute la richesse de ce voyage : nous permettre de rencontrer une diversité de récits, de personnalités, de voix, de projets, de lieux, de spectacles, d’équipements innombrables, d’espaces ouverts et partagés, de studios indépendants, alternatifs. Une volonté d’avancer, de créer, de construire, d’inviter, de dénoncer, de s’exporter.
 

 

 

 

Shoshana Polanco, productrice indépendante, au sourire radieux et à la disponibilité indéfectible, nous accompagne également. Et nous sommes absolument choyé·e·s, par la merveilleuse équipe de l’Onda, Clarisse Dupouy-Greteau, Anne Routin, Anne-Cécile Sibué. Chaque jour un programme riche et dense de rencontres, d’échanges et de spectacles. D’emblée les choses sont posées avec l’installation et le film de L.A.S [Laboratorio de Artistas Sostenibles], projet plastique où il est question d’effacement de soi et de disparition. Nous traverserons de nombreux témoignages ou œuvres documentaires, documentées, personnelles, politiques. De formes enlevées, tribales, contemporaines, de rituels collectifs tels que le Teatro Linea de Sombra, à la réunion d’une mère et d’un fils au plateau, dans Mi Madre y el dinero d’Anacarsis Ramos, parcours de vie, trajectoire complexe et retrouvailles émouvantes, et à la présentation de sa prochaine création, Oda a la pasiva tóxica, le désir est politique ! À l’UNAM, la plus grande université d’Amérique Latine, comptant 360 000 étudiant·e·s, la direction de la culture et les directeur·rice·s des départements danse, théâtre, musique exposent les nombreux dispositifs et festivals, près de 400 projets chaque année. À l’occasion du bicentenaire, l'UNAM programme trois semaines de festivités à la rentrée, avec productions et coproductions. L’UNAM soutient tout un réseau d’artistes et offre résidences, workshops, ouvertures, avec une attention aux jeunes artistes. En 2026, l’UNAM présentera 22 projets au cœur desquels les questions de la mémoire, de la violation des droits, de la santé mentale et du care. Les artistes présent·e·s s’attarderont sur la fin du monde, les enfants et leurs droits, vérité et fiction, les féminicides, le Land art et l’écologie. Sayuri Navarro par exemple, questionne l’art pour transformer la vie et imaginer un futur possible pour toutes les femmes !
 

 

À Chapultepec, dans le parc, proche du lac, ce sont de nouvelles équipes qui viendront partager leurs pratiques, la tradition mexicaine, la musique et la performance ; évoquer la transféminité, le corps, qu’est-ce qu’un corps « normal », sujet au cœur de la recherche d’Ana G. Zambrano, artiste et fondatrice d’El Entresuelo, lieu alternatif centré sur la recherche et l’improvisation ; tous les corps !

 

Puis le studio de répétition de la Máquina de Teatro, compagnie féministe, écolo et animaliste, qui a 30 ans d’existence et a fait de ce bel endroit un espace de travail, accueillant et partagé. À nouveau quatre projets se succèdent ; théâtre d’objet/récit ; jeune public pour les tout-petits, les détectives d’objets pour des lieux non-dédiés, installations itinérantes ; ou encore Sara Pinedo et les disparitions, l’art engagé, critique et politique.
 
Sans oublier le Museo Universitario del Chopo, consacré aux arts visuels, arts vivants et spectacles – danse, performances, concerts, résidences et séminaires. Le panorama du théâtre mexicain est énorme. L’université se veut gardienne de la mémoire et de la liberté d’expression. Del Chopo soutient les artistes, activistes, organise des débats et déploie une large programmation.
 
Grand final à l’invitation de Foco alAire, groupe de musicien·ne·s, performeur·euse·s, acteur·rice·s, invité·e·s au Japon, en Europe, dans les festivals internationaux… Soirée de spectacle dans un écrin, joyeuse, chaleureuse. Presque l’heure de se quitter, mais quelque chose est là, à l’œuvre…Un essai à transformer !

 

Last but not least, prendre un bus pour se rendre à Teotihuacan, site à l’origine mystérieuse. Pyramides et traces d’une civilisation perdue, gravir la pyramide de la lune, découvrir l’horizon, l’étendue, l’immensité, un site magnétique et vibrant !
 
Un immense merci à toute la formidable équipe de l’Onda pour la mise en œuvre d’un tel voyage, fort de rencontres et découvertes passionnantes. À Lazaro et Geoliane pour nous avoir donné accès à la pluralité des formes, la diversité et la vivacité de la scène artistique et politique, Shoshana et Arantza pour leur accompagnement, leur sourire et leur attention sans faille. Une joie également de partager ces quelques jours avec vous tou·te·s et d’imaginer se retrouver sur un temps mexicain. Viva !!